Présidentielle 2022 : Xavier Bertrand, l'alternative crédible à droite ?

Le 4 décembre 2019, Tribunes recevait Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, ancien ministre sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, et figure de la droite française des quinze dernières années. Au cours de cette conférence, notre invité avait éludé la question de sa possible candidature pour représenter Les Républicains à l’élection présidentielle de 2022, préférant alors rappeler, de manière plus générale, en quoi il était plus important de proposer une alternative crédible à droite à Emmanuel Macron, dont il déplorait l’incapacité à gouverner et prendre les décisions, notamment sur les questions des retraites et de la sécurité. Un an plus tard, si Xavier Bertrand semble toujours en opposition avec Emmanuel Macron dans la philosophie politique, sa communication et ses actions laissent plus que jamais penser qu’il se concentre sur un objectif précis : mai 2022.


Xavier Bertrand le 4 décembre 2019 à Tribunes ESCP


I- Quel bilan pour le président de la région Hauts de France ?

A quelques mois des prochaines élections régionales, Xavier Bertrand, actuel président de la région Hauts-de-France semble être dans un fauteuil confortable à l’approche du scrutin. Crédité de 33% des intentions de vote au premier tour et président de région le plus apprécié par les habitants de son territoire, il croit dur comme fer à sa réélection. Et pourtant, le candidat de la droite revient de loin, lui qui n’a pu être élu face au Front national en 2015 que grâce au désistement et au soutien du candidat socialiste. Il avait alors axé son programme sur trois points principaux : le travail, l’autorité et la proximité. Mais le bilan est-il aussi rayonnant que le présente Xavier Bertrand après 5 ans de présidence ?


Travail

« Mon programme en trois points : Premièrement le plein emploi ! Deuxièmement le plein emploi ! Troisièmement le plein emploi ». Cette phrase est prononcée par Louis de Funès dans La Zizanie, mais pourrait presque passer pour le slogan de la campagne de Xavier Bertrand en 2015, à peu de choses près, tant le candidat des Républicains en a fait l’axe phare de son programme. A son arrivée, la situation est loin d’être idéale : les Hauts-de-France sont la région la plus pauvre en PIB, compte le deuxième taux de chômage le plus élevé (aux environs de 10%) et plus de de 430 000 chômeurs en 2012. Pour contrecarrer cette situation, Xavier Bertrand se fixe un objectif de création de 60 000 emplois en 9 mois, en créant notamment la plateforme Proch’emploi, qui sert à trouver des emplois sur-mesure dans la région aux demandeurs. Cinq ans plus tard, le bilan semble plus que mitigé : la région Hauts-de-France comptabilise le plus haut taux de chômage en France (12%) et au bout de ses neuf premiers mois, le président de la région indiquait n’avoir pu trouver un emploi qu’à 50 000 personnes (dont 40% en formation, ce qui n’est donc pas un réel emploi). En 2016, il déclarait même que 120 000 emplois n’étaient pas pourvus dans la région, preuve de la difficulté qu’il a rencontrée pour régler le problème d’inadéquation entre l’offre et la demande. Fin 2018 enfin, il affirmait que 11 000 personnes avaient pu retrouver un emploi grâce à Proch’emploi, un chiffre certainement en deçà de ses espérances, notamment du fait d’un manque de notoriété de la plateforme auprès des habitants de la région. Du côté de l’aide aux entreprises, le bilan semble plus rayonnant, du fait de mesure d’aide à la création et au maintien des emplois. Dès le début de son mandat, en 2016, Xavier Bertrand a fait voter une loi pour faire prendre en charge par la région un quart des cotisations patronales des PME pour toute création d’emploi jusqu’à 1,6 SMIC. Xavier Bertrand jouit également d’une image de pompier de service qui a empêché des fermetures d’entreprises - comme pour l’entreprise de dentelleries Desseilles à Calais, dont l’aide de la région a pu sauver les 77 emplois – et aidé les repreneurs à bien démarrer leur activité avec des avances remboursables – comme dans le cas de l’entreprise Codentel à Caudry, ou bien encore, dans la réussite de la reprise de l’entreprise Ascobal. Entre autres mesures, il a également consolidé les pôles d’excellence existants, renforcé le soutien de la région au secteur agricole et mis en place une banque régionale d’investissement. En matière de formation enfin, Xavier Bretand a misé sur l’apprentissage : la région propose de multiplier par trois l’aide aux entreprises qui engageraient un apprenti. Une grosse tâche reste cependant sur le tableau avec l’échec du dossier Whirlpool, suite à la faillite du site d’Amiens, et à une reprise catastrophique de l’entreprise qui n’a pu sauver que 40 emplois avec l’aide de l’Etat.


Sécurité

Concernant la sécurité, Xavier Bertrand entend serrer la vis. Il a proposé l’usage de la vidéosurveillance dans les trains et les gares de la région, la création d’une police spéciale des transports, ainsi qu’un vaste plan anti-drogue fondé sur la prévention scolaire. Concernant la crise migratoire, qui a fortement impacté le Calaisis, Xavier Bertrand a notamment proposé l’expulsion de tout clandestin commettant un acte illégal en France. Enfin, il a vivement dénoncé les accords du Touquet, signé par Nicolas Sarkozy en 2003. Pour rappel, ces accords garantissent une surveillance de la frontière franco-britannique et permettent d’avoir une frontière britannique en France et une frontière française au Royaume-Uni pour les personnes voulant faire le trajet d’un pays à un autre. Avec la crise migratoire, beaucoup dénoncent le fait que la France fait le « sale boulot » pour le Royaume-Uni en devant s’occuper seule d’empêcher les migrants de traverser la Manche. Xavier Bertrand fait partie des détracteurs de ce traité et milite pour un accord plus équitable sur la répartition de la tâche entre les deux pays.


Identité

Enfin, la troisième cause du mandat de Xavier Bertrand, l’identité française et régionale a été au cœur de sa philosophie. Il prône une gouvernance de région proche de ses habitants et fière de son identité, notamment ch’ti et picarde. Pour cela, il a utilisé les fonds européens pour financer les exploitations locales dans les marchés publics. Il a également mis en place un plan d’investissement dans la modernisation rurale, en développant les réseaux terrestres, ferroviaires et l’accès à Internet. La région a par ailleurs instauré dans ses marchés publics une clause de maîtrise du français pour les travailleurs détachés. Toutes ces mesures font, qu’aux yeux de ses administrés, Xavier Bertrand incarne une région fière d’elle-même tout en comptant sur le plan national. C’est pourquoi il est aujourd’hui considéré comme une des personnalités politiques préférées des Français, notamment depuis sa prise de position affirmée lors de la crise des gilets jaunes. Il avait alors mis en place une prime sur le pouvoir d’achat dans les Hauts-de-France, mesure qui serait alors très rapidement reprise par le gouvernement.


Xavier Bertrand le 4 décembre 2019 à Tribunes ESCP

II- Un choix judicieux pour la droite ?

Ainsi, Xavier Bertrand jouit d’une solide image positive parmi les habitants de sa région, malgré un bilan contrasté. Est-ce que cela peut suffire à en faire LE candidat de la droite pour 2022 ? Et nous disons bien de « la droite », et non pas seulement des Républicains, car Xavier Bertrand, qui a quitté le parti en 2017, ne cache pas son intention de se présenter en 2022 et souhaite rassembler derrière lui à peu près tout ce qui se trouve entre LREM et le RN, et même de grapiller à gauche, même s’il doit pour cela obtenir l’aval de son ancien parti. Pour cela, il compte affirmer son idée et sa ligne issue d’une droite sociale d’influence gaulliste. Que cette philosophie soit celle désirée par Les Républicains ou pas, Bertrand est aujourd’hui considéré par Emmanuel Macron comme le candidat le plus crédible à droite. Considération stratégique visant à déstabiliser la droite ou réelle peur du Président des Hauts de France ? En tout cas, cela n’empêche pas Bertrand d’être classé en troisième position des sondages parmi les candidats déclarés derrière le tandem Macron-Le Pen (16% des sondages).


Mais si Xavier Bertrand semble être le « favori » des sondages à droite, sa possible élection comme héraut de la droite fait grincer quelques dents chez LR. En effet, nombre des cadres comme Brice Hortefeux, lui reprochent encore sa désertion en 2017, lorsque le parti était au plus mal. Pour rappel, il avait tout d’abord critiqué l’absence de consigne claire quant à la position à tenir face à Marine Le Pen en 2017 et avait quitté le parti suite à l’élection à la présidence de Laurent Wauquiez, défenseur d’une droite qu’il qualifie de trop dure. On se questionne ainsi, en interne, sur la capacité d’un homme qui a laissé son parti dans la tempête à redresser tout un pays. D’autres, comme Damien Abad, semble toutefois considéré que Bertrand représente quand même le meilleur espoir de la droite.


Enfin, Xavier Bertrand n’est pas le seul à lorgner le titre de candidat de la droite. Si Valérie Pécresse, Rachida Dati ou Laurent Wauquiez sont évoqués et que François Baroin a quasiment déjà renoncé, c’est Bruno Retailleau qui semble tenir la corde pour venir contester Xavier Bertrand. L’ancien lieutenant de François Fillon, partisan d’une droite plus authentique, conteste la ligne trop Macron-compatible de son adversaire. Xavier Bertrand se défend lui de toute association politique ou philosophique avec le chef de l’Etat et affirme même avoir refusé le poste de Premier ministre par conviction en 2017. On lui reproche également le fait qu’il veuille à tout prix se mettre en avant aussi tôt, ce qui n’est jamais bon signe, surtout pour un parti qui n’a pas encore décidé de la ligne politique à suivre. Christian Jacob, président des Républicains, que nous recevions le 1er décembre affirmait ainsi que le parti se concentrait plus à décider de sa philosophie politique pour 2022 qu’à choisir un candidat. Au sujet du candidat des Républicains, il affirmait que « notre candidat sera celui qui aura réussi à comprendre les attentes des français. Celui qui saura convaincre pour ses réformes, et qui aura montré son expérience dans la réforme […] Xavier Bertrand n'est pas le seul, mais fait partie de ceux qui ont une expérience dans une collectivité/ministérielle. On voit chez Macron et Hollande que ça leur a fait défaut ». L’opposition entre Bertrand et Retailleau se voit enfin dans le mode de scrutin. Là où Bertrand voudrait court-circuiter ses opposants des Républicains en obtenant le poste sans passer par une primaire, Retailleau entend bien réitérer ce mode de scrutin pour capitaliser sur ses soutiens.


Xavier Bertrand le 4 décembre 2019 à Tribunes ESCP


III- Quel Président serait Xavier Bertrand ?

Comme nous venons de le voir, Xavier Bertrand veut capitaliser sur sa place de 3ème dans les sondages et sur le fait que la majorité des Français refusent un nouveau duel Le Pen/Macron. En plus de cela, la difficulté qu’il a à s’imposer à droite alors que Macron glane l’électorat de droite anti-RN (nomination de Philippe, Le Maire, Darmanin et Castex) le pousse à avoir une communication très offensive vis-à-vis du Président, marquant ainsi ses différences avec lui. Il affirme ainsi au sujet de la loi sur le séparatisme que « Macron est un grand naïf » et répète régulièrement que « Macron ne peut pas représenter la droite ». Il se construit ainsi dans une opposition idéologique avec le chef de l’Etat : le petit assureur face au grand banquier, la province contre paris, les mandats locaux plutôt qu’une arrivée politique tardive. Ensuite, il est très critique de la posture du « en même temps » d’Emmanuel Macron et croit que la responsabilité d’un homme politique est celle de faire des choix clairs et assumés. Il a encore récemment reproché cette attitude ambivalente au sujet de la campagne de vaccination, accusant Emmanuel Macron de vouloir à tout prix convaincre la moitié de la population sceptique au vaccin et ainsi de perdre du temps, au lieu de s’appuyer sur l’autre moitié qui y était favorable. Sur le fond, de nombreux points les séparent également notamment sur les questions de politique intérieure, de sécurité et de relation à l’islamisme, sur lesquelles Bertrand se montre plus inflexible que le Président, mais également dans la philosophie politique. Xavier Bertrand croit à une politique attachée au territoire, et veut ainsi prendre soin de tous les Français, tout en donnant beaucoup plus de responsabilités aux régions qu’elle n’en ont aujourd’hui. De plus, il rejette fermement la théorie du ruissellement prônée par Macron en début de mandat. Néanmoins, ils convergent sur certains points. En effet, Bertrand a une ligne similaire à celle de Macron sur la réforme du Code du Travail et s’est montré favorable à la privatisation d’ADP ou encore à l’extension de la PMA. Il a également pour lui d’avoir remporté des victoires sur le fond face à l’exécutif, comme le montre l’ouverture du canal Seine-Nord en 2019, priorité de Xavier Bertrand afin de renforcer le trafic fluvial dans la région et à laquelle Edouard Philippe était fermement opposé.


En ce qui concerne le reste de son potentiel programme, on sait que le candidat Bertrand est très attaché à l’emploi et à la relance économique rapide. Il a ainsi notamment insisté de nombreuses fois pour que le gouvernement intègre des mesures pour l’emploi dans la loi des finances rectificatives, surtout en ce qui concerne l’emploi des jeunes. De plus, il propose notamment des « contrats d’accès à l’emploi des jeunes » offrant des exonérations de charges de l’ordre de 10 milliards d’euros aux entreprises qui les utiliseraient. Dans son potentiel programme, nous pouvons retrouver également une baisse de la TVA à 5,5% pour la restauration et le bâtiment, une annulation de charges pour les TPE, ou encore la mise en place d’un système de « prêt de main d’œuvre » pour faciliter le transfert des employés entre les secteurs. Il justifie toutes ces dépenses par le fait que la lutte contre la dette est moins urgente que la lutte contre l’effondrement économique. Enfin, il s’est ouvertement opposé à la réforme de l’assurance-chômage qui va selon lui précariser encore plus les chômeurs, ainsi qu’à la réforme des retraites, et il y a fort à parier qu’il souhaitera revenir sur ces mesures s’il était élu.


Enfin, au niveau de l’image qu’il souhaite renvoyer, et au-delà de son opposition avec Emmanuel Macron, Xavier Bertrand choisit une stratégie de communication globale et active, ne manquant pas de commenter le moindre fait d’actualité qui touche la France ou l’une de ses régions, le tout en prenant une posture déjà pratiquement présidentielle dans le ton. S’inspirant de Charles de Gaulle et se voulant sans reproches, on dit également de lui qu’il est le nouveau « candidat normal », avec une communication qui se rapproche, somme toute, assez de celle de François Hollande en 2012.


Ainsi, bénéficiant d’une politique régionale qui lui sert de tremplin et ayant créé une opposition à la présidence tout au long de son mandat, Xavier Bertrand espère obtenir l’investiture à droite. Assez confiant dans sa réussite, Xavier Bertrand a d’ailleurs rappelé qu’il quitterait la vie politique en cas de défaite à l’élection régionale de 2021, alors même qu’il est donné grand gagnant par les sondages. S’il sort vainqueur de l’épreuve régionale, il se tournera naturellement vers la course à l’Elysée. Epaulé par le mouvement qu’il a créé « La Manufacture », il entend changer les règles du jeu politique. Il affirme ainsi régulièrement que « L’époque actuelle nécessite une nouvelle société, comme après Mai 68 ». A voir maintenant si cette société sera vraiment nouvelle, et pas une réinvention de ce qui s’est déjà fait dans le passé.



Article écrit par Thomas Dervillez,

Responsable du Pôle Éditorial de Tribunes ESCP 2020