Présidentielle 2022 : Zemmour, candidat à l’Elysée ? Du mythe à la réalité

À un an des présidentielles, les candidatures officielles se multiplient, l’horizon électoral se précise. Parmi ces dernières, une est particulièrement source de mystères et de rumeurs : celle d’Eric Zemmour. Alors que son nom se murmurait de manière peu convaincante depuis plusieurs années, le rêve d’une bonne part de ses supporters sera bientôt, peut être, une réalité... Journaliste, écrivain, essayiste et polémiste, Eric Zemmour s’est toujours présenté comme un combattant des idées et non comme un politique; bien plus prompt à se battre sur les plateaux télé plutôt qu’à faire des meetings, à rédiger des essais défrayant la chronique plutôt qu’à gouverner un pays. Et s’il a toujours récusé toute aspiration à atteindre la tête de l’Etat, sa candidature pourrait plus que jamais s’avérer pertinente en 2022. En effet, des sondages de l’Ifop pour Valeurs Actuelles ou encore L’Express s’accordent à dire qu’entre 13 et 17% des Français seraient prêts à voter pour lui au premier tour, un tour de force pour un candidat au demeurant hors sol.

Eric Zemmour le 7 mars 2017 à Tribunes ESCP


I. Une candidature qui divise.


Hors-sol dans la mesure où il n’est rattaché à aucun grand parti, le polémiste n’en est pas moins entouré. De nombreuses associations indépendantes le soutiennent, en témoignent Les Comités Zemmour. A cela s'ajoute l’appui de notables davantage installés au sein du paysage politique français avec notamment le maire d’Orange, Jacques Bompard, qui cherchent à fédérer autour de lui des citoyens adhérents à ses idées par le biais de plateformes collaboratives. L’objectif étant de le rendre plus crédible tout en lui donnant davantage de poids, ce dernier déclarait ainsi « la candidature d’Éric Zemmour est la seule à même de changer la situation dramatique de notre pays ».


Mais alors pourquoi un tel soutien, un tel ralliement autour de cet aficionado de la praxis politique? Les raisons mises en avant par les principaux interrogés sont les suivantes: éviter le deuxième tour Macron-Le Pen de 2017 et un Front Républicain dont les Français sont las, surmonter les crises « sociale, sanitaire et identitaire », et avoir en tant que président un individu cultivé et brillant pouvant mettre son savoir au profit de la France et de sa puissance.

En clair, aux yeux de ses supporters, Zemmour incarne la seule alternative à même de porter les idées d’une droite identitaire et souverainiste contre des partis qu’ils jugent dorénavant bien trop aseptisés et accusés d’avoir trahi depuis longtemps leur philosophie.

Et si une frange non négligeable des Français la désire, peut-être que le souhait de cette candidature est dorénavant partagé. En effet, le maire de Béziers, Robert Ménard, partisan de l’union des droites, aurait été sollicité par Zemmour en ces termes : « On s'organise comment pour récolter les signatures d'élus ? Pour le financement ? ». Le maire confie alors qu’il ne l’a « jamais senti aussi près de franchir le pas qu’aujourd’hui ». De là à enfin sauter le pas ? On peut raisonnablement l’envisager à mesure que son nom fleurit en une de nombreux journaux et magazines.


Pourtant, d’après un sondage Odoxa pour Dentsu consulting, 50% des français disent éprouver du rejet à son égard. Cela fait de lui la deuxième personne la plus repoussante du monde politique, juste derrière Jean-Luc Mélenchon. Il va sans dire que cela n’est pas occultable à l’heure d’une potentielle candidature : après moult condamnations pour incitation à la discrimination raciale, injures publiques à caractère raciste, ou encore appel à la haine religieuse envers les musulmans, Zemmour ne peut qu'être clivant. Il n’en reste pas moins la raison principale de l’audience de CNews, chaîne qui en un an et demi a vu son nombre de téléspectateurs entre 19h et 20h être multiplié par plus de 10, de moins de 80 000 à un maximum de 900 000 personnes. A cela s’ajoute son succès littéraire, en témoigne les plus de 500 000 exemplaires du « Suicide Français » et 110 000 pour « Destin Français » vendus depuis leur parution. Au sein d'Albin Michel, son éditeur, il fait partie des cinq plus grands vendeurs toutes catégories confondues, et est même premier dans celle des essais.


De ce fait, son entourage commence à préparer sa candidature: le directeur de CNews s’intéresserait par ailleurs au financement de sa campagne. Un des soutiens résolus de François Fillon en 2017, Christophe Bilan ajoute que Zemmour s'activait auprès des élus locaux pour « prendre la température du pays »: un moyen de récolter les 500 parrainages nécessaires ? Sans nul doute.


La présidentielle de 2022 sera la présidentielle de tous les possibles. Ce fait est très révélateur de cette France qui s’est archipélisée. L’absence de grandes règles, de grands principes, de figures religieuses, politiques ou syndicales majeures auxquelles se rattacher incitent les électeurs à prendre parti pour celui qui parle le mieux. Son verbe, son style, et sa culture font de Zemmour celui qui sait parler à une certaine France, malgré ce que l’on peut en penser. Mais il ne suffit pas d’être populaire pour faire un bon score à une élection.


Une autre partie de la France ne cache pas son hostilité envers celui qui se revendique d’un gaullo-bonapartisme. Ces déclarations sur l’immigration, sur l’islam, ou encore sur les prénoms « pas assez chrétiens » sont l’objet de manifestations à son égard et même son acolyte Eric Naulleau l’avoue: « Un jour, il y aura un drame ». Cela fait maintenant un moment que le journaliste est dans le viseur de nombreuses associations anti-racistes ou anti-islamophobes, et ce ne sont pas des sorties comme celle de 2010 où il a déclaré que « La plupart des trafiquants sont noirs et arabes” qui arrangeront cela.


Zemmour a donc encore beaucoup à faire s’il veut se positionner en figure du pouvoir et ainsi devoir renoncer à une partie de ses prises de libertés, parfois un peu trop poussées. Car comme dit l’adage, au premier tour, on choisit, au second, on élimine. Pour être président, si tel est son but, il faut davantage rassembler, il faut trouver de l’écho hors de sa base.



Eric Zemmour le 7 mars 2017 à Tribunes ESCP



II. Des hésitations.


Le 20 janvier, sur le plateau de Paris Première, alors que l'éditorialiste Alain Duhamel le questionne sur ses intentions, Eric Zemmour, après un silence et un large sourire, déclare sans nier : «Ce n'est pas une réponse que je vais donner dès maintenant.»

Il veut que ses idées et ses combats triomphent face à la politique macroniste, et surtout contre l’ère du temps, ce qu’il nomme la “bien-pensance”. Féminisme, indigénisme et islam : tels sont ses ennemis. Pour y parvenir, une seule issue à ses yeux : le combat civilisationnel contre l’immigration et l’islam qui n’est possible que si sa pensée infuse et se diffuse au sein du peuple. Son travail de chroniqueur de “Face à l’info” est déjà à ce titre hautement politique et essentiel à la victoire de son idéologie. C’est pourquoi il s’est toujours refusé de prendre part à la joute électorale et qu’aujourd’hui encore, des hésitations persistent.

Par ailleurs, la question de sa légitimité à l’Elysée se pose. De son propre aveu, s’il se présente, il veut voir sa candidature « être reconnue d’égal à égal avec des Emmanuel Macron, Marine Le Pen », ce qui n’est pas assuré car entre la politique des idées et son exercice, une abîme demeure.


Un épisode en est le symptôme. Le 5 mars dernier, alors qu’Eric Zemmour débattait face à Amélie de Montchalin, la ministre lui a demandé en quel titre il s’exprimait, et si c’était en tant qu’homme politique, quelles propositions suggérait-il. Elle a notamment mis en lumière le fait que M. Zemmour s’attachait à faire des diagnostics et des constats de la société, sans pour autant donner ses solutions pour y remédier. M Zemmour lui a donc répondu, en cherchant ses mots, que pour l’instant il « ne postulait à rien » et que ses solutions ne devaient donc pas être évoquées à ce moment-même lors du débat.

Une réponse peu claire qui accentue les doutes sur sa candidature à la présidentielle...



Eric Zemmour le 7 mars 2017 à Tribunes ESCP



III. Des potentielles répercussions électoralistes en cas de candidature


En cas d’annonce de sa candidature, Zemmour serait susceptible de faire de l’ombre à Marine Le Pen et à la droite de la droite dont il revendique l’appartenance. Par sa radicalité, il devrait parvenir à attirer certains électeurs que cette dernière peine à convaincre ou qui ne croient plus en elle car déçus d'une dédiabolisation aux airs d'aseptisation.. La candidate du Rassemblement national préfère en plaisanter : « Il y a vouloir et il y a pouvoir. Quand j'étais jeune je voulais être Miss France ». Les derniers sondages ont également rassuré ses proches: l’Ifop a publié le dimanche 11 avril les dernières intentions de vote qui s’avèrent être en faveur de Marine Le Pen, avec entre 25 et 27% des voix.


Aimant décrire la cheffe de file du RN de “femme de gauche », Zemmour cultive sa différence, accentuant de facto le caractère nocif de sa candidature à droite. Connu pour ses positions sur la lutte contre l'immigration, l'affaiblissement moral et intellectuel de l'homme occidental ou la défense des traditions et de l'identité française, il s’empare volontiers d’une radicalité aux antipodes des standards médiatiques actuels. Des avis tranchés et assumés mais qui peuvent faire tache sur le CV d’un candidat à la fonction suprême.


Par ailleurs, face au manque de clarté et à la recrudescence des confusions d’idées entre les candidats de droite, Eric Zemmour pourrait être considéré comme une alternative politique majeure. Cette droite en mal de chef qui espérait le retour de Sarkozy comme celui du Messie, se retrouve face au néant après les ennuis politiques de l’ancien président.

Le 20 janvier dernier, le journaliste et analyste politique Alain Duhamel déclarait: « Il est clair qu’il y a une fraction de la droite classique et une fraction, aussi, de l’extrême droite qui n’est pas satisfait du casting qui lui est proposé. Dans ces cas-là, on cherche ailleurs ». Raison pour laquelle tout laisse à penser que Zemmour pourrait devenir cet ailleurs dans l’électorat de droite.


Dès lors, même si Zemmour venait à annoncer sa candidature, il n’est pas dit qu’elle fasse trembler les urnes...





Article écrit par Aimée Charlier,

Trésorière de Tribunes ESCP 2021